Cybersécurité

Quelles sont les nouvelles obligations légales en matière de cybersécurité en 2024 ?

Par Maxime
5 minutes

Renforcement des cadres réglementaires pour une société numérique plus sûre

L’environnement numérique en 2024 connaît une accélération notable des initiatives législatives visant à renforcer la protection des organisations, des citoyens et de l’économie face à l’explosion des cybermenaces. Avec la multiplication des attaques, l’évolution des techniques de piratage et l’importance croissante des infrastructures numériques, les nouvelles obligations légales s’imposent à tous : entreprises, administrations, collectivités et opérateurs de services essentiels.

L’équipe de cooltech.fr fait le point sur les textes majeurs qui entrent en vigueur cette année, leurs impacts concrets et les bonnes pratiques à adopter.

La nouvelle directive NIS 2 : un saut qualitatif pour la cybersécurité européenne

  • Extension du périmètre : Contrairement à la première directive NIS (Network and Information Security, 2016), NIS 2 (applicable à partir du 18 octobre 2024) élargit significativement le champ des entités concernées. Elle vise désormais des milliers d’entreprises françaises, y compris dans des secteurs comme l’alimentation, la santé, l’énergie, le transport, l’eau, la banque, les télécoms, mais aussi la gestion des déchets ou les fournisseurs numériques.
  • Exigences accrues : NIS 2 impose la mise en œuvre de mesures techniques et organisationnelles « appropriées » pour gérer les risques pesant sur la sécurité des réseaux et systèmes d’information (plan de cybersécurité, journalisation, systèmes de détection, gestion des fournisseurs, continuité d’activité…).
  • Notification obligatoire des incidents : Toute attaque majeure ou vulnérabilité exploitée doit être signalée sous 24 heures à l’Anssi (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) – une obligation assortie d’un calendrier précis pour fournir informations techniques et mesures correctives.
  • Responsabilité des dirigeants : Le texte prévoit la responsabilisation des organes de direction : ils doivent s’assurer de la bonne maîtrise des risques et peuvent être poursuivis en cas de négligence grave.
  • Sanctions renforcées : Les plafonds d’amende atteignent jusqu’à 10 millions d’euros ou 2 % du chiffre d’affaires mondial.

En clair : toutes les structures de plus de 50 salariés (et/ou 10 millions d’euros de CA) dans les secteurs visés doivent se mettre en conformité sans délai. NIS 2 marque le passage d’une logique d’obligation de moyens à celle de résultats.

DORA : la cybersécurité au cœur de la finance européenne

Le règlement européen DORA (Digital Operational Resilience Act) entre partiellement en vigueur dès 2024, avec une échéance de conformité au 17 janvier 2025. Il impose des standards stricts aux sociétés financières (banques, assurances, fintech, prestataires techniques essentiels) :

  • Gouvernance des risques TIC : obligation de cartographier les risques, tester régulièrement la résilience aux cyberattaques, et d’intégrer la gestion des tiers-clés (cloud, sous-traitance logicielle…).
  • Plan de gestion de crise cyber : chaque organisme doit préparer, documenter et tester ses plans de réaction face à un incident de sécurité majeur.
  • Reporting harmonisé : les entités doivent notifier les incidents majeurs dans des formats et des délais standardisés.

L’objectif ? Éviter qu’un incident informatique ne mette en péril tout le système financier européen.

La loi française de programmation militaire (LPM) 2024-2030 : priorité aux Opérateurs d’Importance Vitale

Cette loi nationale étend la protection obligatoire des infrastructures critiques. Elle introduit notamment :

  • Extension aux Opérateurs de Services Essentiels (OSE) : de nouveaux secteurs sont classés « vitaux », avec obligation de mettre en œuvre des moyens de détection et de réaction aux cybermenaces.
  • Audit régulier : l’Anssi pourra imposer des contrôles techniques et organisationnels inopinés, voire des injonctions immédiates de remédiation en cas de manquement.

La LPM impose aussi la confidentialité renforcée des échanges avec l’État en cas d’incident national ou de cyberguerre.

Règlementation sur la protection des données : RGPD renforcé

  • Cyber-résilience des traitements : Au-delà du RGPD, la CNIL exige en 2024 des analyses de risques de plus en plus approfondies (PIA/DPIA), notamment pour les traitements faisant appel à l’IA, au cloud ou à la biométrie.
  • Notification des violations de données personnelles : Toute faille doit déclencher un processus structuré de notification à la CNIL sous 72 h – et désormais informer directement les usagers en cas de danger réel.
  • Sous-traitants responsabilisés : Les obligations contractuelles sont durcies vis-à-vis des hébergeurs, éditeurs de solutions SaaS et partenaires techniques.

À retenir : Les sanctions maximales RGPD s’appliquent aussi en cas d’attaques réussies résultant d’une négligence de cybersécurité (mots de passe faibles, absence de chiffrement, patchs non appliqués…).

Cyber-score : une nouvelle transparence pour les plateformes et les logiciels

En France, le cyber-score se généralise en 2024. Ce label (de A à F) doit être affiché sur les plateformes, sites et applications proposant des services numériques grand public (e-mails, cloud, messageries, santé en ligne…). Il note leur niveau de sécurité et la localisation des données. Première étape : e-mails et cloud, puis extension aux jeux, streaming, visioconférence, etc.

  • Objectif : permettre à l’utilisateur de comparer la robustesse d’une solution, identifier les risques (données stockées hors UE, chiffrement insuffisant, faille connue…).
  • Obligation : pour les éditeurs, obligation de faire réaliser ou d’auto-déclarer un audit cyber indépendant et d’afficher la note obtenue sur leur interface.

Sanctions en cas d’absence de cyber-score : jusqu’à 75 000 € d’amende.

Checklist : 10 gestes-clés pour anticiper les nouvelles obligations cybersécurité

  1. Identifiez vos obligations exactes : secteur d’activité, taille, statut (OSE, fournisseur numérique, administration…)
  2. Cartographiez vos risques et dépendances : où sont vos données sensibles ? Quels outils et sous-traitants sont impliqués ?
  3. Mettez à jour vos politiques internes : de la politique de mots de passe aux chartes d’usage, en passant par le registre des traitements de données.
  4. Déployez ou renforcez l’authentification forte : double facteur (2FA/MFA) pour tous les accès sensibles.
  5. Installez outils de détection et alerting : EDR, journalisation centralisée, supervision des logs.
  6. Planifiez la gestion de crise : procédures testées de réponse à incident, sensibilisation des équipes (phishing, réaction à une cyberattaque).
  7. Assurez-vous de la conformité des prestataires : clauses RGPD et NIS2 dans tous les contrats, audits réguliers.
  8. Anticipez les notifications : recensez les contacts clés (Anssi, CNIL, autorités sectorielles).
  9. Préparez votre démarche cyber-score : autoévaluation, correctifs avant l’audit externe.
  10. Formez régulièrement votre personnel : cyber-hygiène, réflexes de base et cas pratiques.

L’impact de ces obligations sur les petites entreprises et collectivités

Si les grands groupes disposent déjà d’équipes sécurité et de budgets, nombre de PME, ETI ou collectivités découvrent soudain l’ampleur des exigences à venir.
Des dispositifs d’accompagnement sont proposés – guides Anssi, label ExpertCyber, financements Région ou Bpifrance, webinaires de la CNIL.

À noter : L’État encourage la mutualisation des ressources, la souscription à des solutions cloud souveraines, et parfois la création de fonctions « responsable cybersécurité » à temps partagé.

Les enjeux à surveiller d’ici 2025

  • L’arrivée d’un « cyber score » obligatoire pour les services cloud et industriels.
  • L’extension des obligations aux chaînes d’approvisionnement (horlogerie sécurisée, safe-by-design, etc.).
  • L’intégration de la cybersécurité dans la notation extra-financière (ESG/RSE).
  • Les premiers contrôles et sanctions « exemplaires » pour négligence grave, dont plusieurs pourraient toucher des entreprises françaises dès la fin 2024.

Conclusion : prendre le virage de la cybersécurité réglementée dès aujourd’hui

La montée en exigences légales porte un message clair : la cybersécurité n’est plus un simple sujet technique, mais un impératif stratégique, juridique, économique et de confiance pour tous les acteurs du numérique.
Qu’il s’agisse de NIS 2, de DORA, du cyber-score ou du RGPD renforcé, la feuille de route 2024-2025 vous impose de mettre la sécurité au cœur de vos systèmes et de votre gouvernance.

L’équipe de cooltech.fr vous recommande : anticipez, formez-vous, testez votre résilience et n’hésitez pas à solliciter des retours d’expérience. Suivez notre rubrique Cybersécurité pour des guides, tutos, benchmarks d’outils, checklistes et points de veille mis à jour. Parce qu’en matière de cyber, mieux vaut prévenir… que réparer.

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